Le vignoble de Montmartre

Comme nous le savons tous, la France regorge de vignobles en tous genres, des plus prestigieux aux plus discrets. Il y a quelques temps je me suis pris d’attachement à un tout petit vignoble, un micro-vignoble comme nous pourrions le qualifier, entouré d’une métropole gigantesque et par là-même marginalisé par de plus grandes régions viticoles ou appellations en France.

Ce vignoble s’appelle le Clos Montmartre et il est situé en plein cœur de Paris. Petit par sa taille, grand par son histoire. Historiquement on a retrouvé des traces de civilisation viticole qui remontent aux Romains au temps où Paris s’appelait Lutèce. Des vestiges d’un temple honorant le dieu Bacchus ont été retrouvés au sommet de ce que nous appelons aujourd’hui la Butte Montmartre. 

Au Moyen-Âge, comme dans le reste de la France, l’église possédait son vignoble sur la butte Montmartre qui appartenait entre autres aux Montmartrois mais plus précisément à des Abbesses (Dames de Montmartre) qui produisaient elles mêmes leur vin grâce à un pressoir situé à proximité de l’église St-Pierre.

 Les nombreuses guerres qui ravagèrent la France au Moyen-Âge contraignirent les Abbesses à revendre leurs terres, et c’est alors que des paysans vignerons et laboureurs s’installèrent sur ces petites terres. Les parcelles s’appelaient alors le Sacalie, la Goutte d'Or (célèbre appellation), le Clos Berthaud, la Sauvageonne, la Vigne de Bel-Air.

 Vers la fin du XVIe siècle, alors que la Butte Montmartre n’appartenait pas encore administrativement à Paris, des riches et  influents marchands, décident d’imposer certaines règles limitant la consommation du vin dans Paris intra-muros avec notamment un droit de boisson à payer. C’est ainsi qu’apparut l’habitude des riverains de sortir de Paris et de venir boire du vin sur la butte Montmartre sur laquelle s’ouvrirent des dizaines de cabarets et de guinguettes pendant de nombreuses années. 

Rendu célèbre au milieu du XIXe siècle par le célèbre écrivain Gérard de Nerval qui voulut se porter acquéreur de la dernière vigne de Montmartre, en 1860 le vignoble de Montmartre disparaît avec l’annexion de Montmartre à Paris.

Au début du XXe siècle, l’expansion urbaine de Paris, le phylloxéra et le mildiou anéantirent le vignoble de Montmartre. Ce n’est qu’en 1921 suite à une levée de boucliers contre le développement d’un projet immobilier sur la butte Montmartre, le terrain fut déclaré protégé et consacré au renouveau du vignoble de Montmartre. Douze ans plus tard en 1933, la première vigne fut replantée et la première fête des vendanges eut lieu au début d’octobre de  l’année suivante.Depuis ce moment, la fête des vendanges est célébrée chaque années sous le patronage de la Ville de Paris.

De nombreuses personnalités artistiques, politiques, mais aussi des confréries vinicoles et des délégations vinicoles de province sont les invités privilégiés de ce grand événement. 

Rajoutons qu’il existe une confrérie bachique du Clos Montmartre, nommée Commanderie du Clos Montmartre qui a été créée en 1983 par Maurice His alors Président de la République de Montmartre avec plusieurs disciples bachiques, et qui aujourd’hui sous la direction de Gilles Guillet, grand maitre actuel de la Commanderie œuvre toujours à la promotion du Clos Montmartre en France et à travers le monde.

Parlons de vignoble en quelques chiffres. Le Clos Montmartre a une superficie de 1556 m² et compte 1900 pieds de vignes, regroupant 27 cépages différents. Le vignoble est compose par 75% de gamay, 20% de pinot noir et les 5% de siebel, merlot, gewurztraminer, riesling etc. Il ne s’agit pas d’une AOC mais d’un vignoble à part entière et c’est ce qui le rend unique. Quant à la production, elle s’élève à 1700 bouteilles de 50cl par an. Chaque année le produit des vendanges est vendu au profit du Comité de Bienfaisance de l'arrondissement.

 Côté dégustation, les vins majoritairement à base de gamay se distinguent non pas par leur grand intérêt gustatif mais plutôt par la spécificité et la rareté de leur vignoble. Ce sont des vins à boire jeunes tels comme le Beaujolais Nouveau puisqu’il s’agit du même cépage. Quant au pinot noir il ne trouve pas sa plus belle expression au Clos de Montmartre mais il demeure intéressant à découvrir. Compte tenu de leur rareté, les bouteilles se vendent cher (environ 40 Euros l’unité) mais elles représentent à elles-seules une histoire et un patrimoine si petit soit-il mais ô combien unique.

Ayant eu la chance de déguster un rare verre de gamay Clos de Montmartre lors de ma dernière visite à Paris (gracieuseté du Syndicat d’Initiative de Montmartre), la magie était au rendez-vous par cet aspect exceptionnel de boire un vin de vigne parisienne. L’étiquette de la bouteille colorée ressemblait encore une fois étrangement aux étiquettes aux couleurs vives que nous retrouvons chaque année sur les bouteilles de Beaujolais Nouveau et j’en suis alors venu à la conclusion que l’esprit de vin nouveau était aussi bien présent à Montmartre.  

On ne peut pas parler du Clos Montmartre sans avoir une pensée au reste du vignoble parisien, qui a existé depuis l’époque romaine et qui prospérait sur les coteaux de la vallée de la Seine jusqu’au début du XXe siècle. L’urbanisation galopante de Paris a fait disparaître la quasi totalité du vignoble francilien (Île de France)  et ce n’est qu’après 1950 que des initiatives de replantation de vignes se sont à nouveau développées.

 Aujourd’hui il est possible de voir des petites parcelles de vignes dans les villes suivantes : Clamart, Courbevoie, Issy-les-Moulineaux, Meudon, Rueil-Malmaison, Suresnes, Bagneux et de Chaville. Tous ses micro-vignobles sont situés dans le département des Hauts-de-Seine à la proche périphérie ouest et sud-ouest de Paris et sont exploités par des associations culturelles ou par des confréries bachiques, fières de leur petit patrimoine viticole local qui offrent même des dégustations (rares) de leur vins. Lors de votre prochain voyage à Paris n’oubliez pas de faire une halte au Clos Montmartre vous ne serez pas déçus !